Last updated: August 31, 2010 3:14 pm

Le cancer intergénérationnel du Québec

MONTREAL (PUC) — Vivement la guerre au décrochage pour une valorisation de l’excellence

L’éducation, la formation de la relève, sera l’enjeu au Québec dans les prochaines années. Un projet de société qui ne dépendra pas que des boomers ou de la « jeunesse » mais bien franchement d’une mobilisation intergénérationnelle.

Le bilan du Québec en termes de décrochage n’en prouve pas le contraire. En 2008, 31 % des jeunes du secondaire quittaient les études, un fléau chez les garçons alors que 35 % d’entres eux font l’école buissonnière. Certaines sources avancent que 18 200 adolescents décrochent par année; d’autres atteignent les 28 000 jeunes Québécois sans diplôme annuellement rattachant des couts de près de 2 milliards de dollars à la société. Ce constat n’est rien de moins qu’un échec de masse, un échec franc DES générations.

À plus long terme, fixés à une problématique de chocs démographiques, ces décrocheurs auront de sérieuses répercussions sur le monde des affaires au Québec, dont plusieurs industries de pointe subissent aujourd’hui un énorme défi, la pénurie de main-d’œuvre. En 2007, le Conférence Board du Canada identifiait un manque à gagner de 363 000 travailleurs d’ici 2030 dans la province, ciblant surtout les métiers de médecins, d’ambulanciers, de professionnels de TI et d’ouvriers en aéronautique.

Ce débat ne date pas d’hier. Depuis 10 ans, on nous martèle que notre avenir, notre succès à travers la globalisation des marchés ainsi que la compétition des pays émergents passent par la qualité de notre main-d’œuvre et celle de nos produits finis. Le futur du Québec est à des années-lumière des industries manufacturières! Assumons cette réalité et mettons de l’avant une vision qui maintiendra la compétence, les entreprises et la propriété intellectuelle dans les mains des Québécois.

Déjà, certaines pièces sont en mouvement:

-Jacques Ménard, président de la Banque de Montréal, a d’une part dirigé en mars dernier le Groupe d’action pour la persévérance et la réussite scolaire en produisant une étude, 10 pistes d’actions pour augmenter à 80 % en 10 ans le taux de réussite des étudiants du secondaire. D’autre part, il a publié le bouquin Si on s’y mettait… visant justement à mobiliser le public sur l’urgence d’agir autour de 10 chantiers porteurs.

-La Ville de Québec a embauché le spécialiste du marketing Clotaire Rapaille afin de rajeunir son image dans le but d’attirer de jeunes diplômés.

-Les 20 et 21 janvier derniers, le premier ministre Jean Charest présidait la Rencontre économique 2010 « permettant une discussion ouverte avec les partenaires économiques sur l’avenir du Québec et sur les meilleures conditions pour que le Québec puisse profiter pleinement de la reprise économique. »

-André Pratte, dans son éditorial du samedi suivant, intitulé LA priorité, écrivait : « (…) Le gouvernement a la responsabilité de convaincre la population que l’avenir du Québec dépend de son système d’éducation, que par conséquent c’est dans ce secteur que devraient d’abord être investies les énergies du gouvernement, des entreprises, des syndicats et des familles. » Pour une fois, je ne peux être en désaccord avec l’éditorialiste en chef de La Presse, qui cerne ici l’essence du débat.

Une stratégie concertée devra maintenant être bâtie afin de rassembler les initiatives dispersées. Les efforts mis de l’avant nécessiteront de briser les lignes de partis et surtout d’interpeler les jeunes (universitaires, entrepreneurs, cultivateurs, techniciens, étudiants étrangers, etc.) qui, non seulement s’intéressent à de tels débats de société, mais qui s’en sentent exclus alors qu’ils devraient en être les leaders.