Last updated: August 31, 2010 3:16 pm

Le retour de la politique-manifeste ?

Photo: David Rochette

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QUEBEC (PUC) — Le document, sous la plume d’anciens politiciens québécois ( dont Lucien Bouchard, Joseph Facal et Monique Jérôme-Forget ), d’universitaires ( dont Pierre Fortin et Claude Montmarquette ) et d’anciens haut gradés des mouvements étudiants ( dont Julie Bouchard, qui fut présidente de la Fédération étudiante collégiale du Québec ( FEUQ ) ), se dit issu d’une réflexion axée sur l’avènement de l’économie du savoir. Ainsi, en citant les discussions que divers acteurs ont eues avec le gouvernement provincial lors de la Rencontre économique de janvier, le constat de l’importance des études universitaires pour le développement économique du Québec est le point de départ des conclusions du groupe. Pour les signataires, la croissance économique ne serait viable que si elle passait par une meilleure formation universitaire.

La solution draconienne Après le constat du manque de ressources matérielles, humaines, spatiales et financières du réseau universitaire, les signataires dévoilent un plan dont la pierre angulaire est un déplafonnement des frais de scolarité, associé à un maintien du financement gouvernemental et à une promesse de réexamen périodique. Plus encore, le texte cite en exemple le modèle nord-américain en proposant que « les droits de scolarité devraient être différenciés selon le niveau d’études et le secteur disciplinaire » afin de mieux correspondre aux coûts et aux rendements des différents cheminements.

Selon le Pacte, le déplafonnement aurait pour effet de rapprocher la distribution du financement universitaire de la moyenne observée au Canada anglais, où on calcule que 60 % des fonds proviennents des gouvernements, 30 % des frais de scolarité et 10 % de divers fonds.

De plus, l’augmentation des frais de scolarité, qui est évaluée entre 2200 $ et 10 000 $ par année selon le secteur de formation ( dont les coûts et le rendement peuvent varier ), enverrait un message aux étudiants « que l’éducation n’est pas un service gratuit », et rendrait « les étudiants plus exigeants quant à la qualité et à la portée des enseignements reçus ». Toutefois, comme elle pourrait aussi compromettre l’accès des étudiants moins fortunés, le pacte recommande aux administrations universitaires d’attribuer 30 % de ses nouveaux revenus sur une majoration des programmes de bourses pour les étudiants en situation économique précaire. Par la suite, ce sous-groupe de la population étudiante bénéficierait, toujours selon les signataires, de la « mise en place d’un système de remboursement des prêts étudiants [ ... ] proportionnel aux revenus », inspiré de d’autres systèmes éducatifs.

Selon le Pacte, plus que de compenser l’augmentation proposée, la majoration du système d’aide financière aurait des effets bénéfiques sur l’accessibilité universitaire pour les moins bien nantis : « Comme les jeunes provenant de familles mieux nanties ne sont pas affectés par cette hausse des droits de scolarité, l’impact positif de l’ensemble des mesures précitées se répercutera sur les individus venant de milieux moins favorisés, qui auront de nouveaux outils pour accéder en plus grand nombre à l’université », peut-on lire.

Réactions rapides des mouvements étudiants Aussitôt évoquée, les principales associations étudiantes nationales ont réagi vivement à la proposition des signataires. Pour la Table de concertation étudiante du Québec ( TaCEQ ), à laquelle sont affiliées les deux principales organisations lavalloises, ce genre de mesures n’aurait pour effet que de limiter l’accès des étudiants à la formation universitaire, ce qui exacerberait le problème de décrochage auquel fait déjà face le Québec. Plus encore, Olivier Jégou, secrétaire général de la TaCEQ, évoque l’idée d’ajuster la contribution des entreprises, faisant écho à un projet formulé et promu par la Confédération des associations des étudiants et des étudiantes de l’Université Laval ( CADEUL ) ( voir autre texte en p. 4 ).

De son côté, le président de la FEUQ, Jean Grégoire, en a profité pour ramener sur la table la question de la gestion des universités : « Avant toute chose, pourrions-nous avoir une saine gestion des universités ? », s’exclame-t-il par voie de communiqué. Les réactions du milieu syndical ont favorisé les mouvements étudiants en demandant une plus grande consultation de ceux-ci et la tenue d’états généraux sur l’éducation, une proposition héritée du débat automnal autour du projet de loi 38.